Critique : Vortex

La vie est une courte fête qui sera vite oubliée.

Vortex
France, 2021
De Gaspar Noé

Durée : 2h22

Sortie : 13/04/2022

Note :

NOUS LES VIVANTS

La caméra de Gaspar Noé peut aller partout. Du ciel au dessus de Tokyo jusqu’à l’intérieur d’une vulve, aucun endroit n’est trop immense ou restreint pour elle, et aucun mouvement, aucune chorégraphie ne lui semble inaccessible. Vortex est un huis-clos situé quasi-intégralement dans un appartement parisien, mais la mise en scène une fois encore virtuose du cinéaste s’accommode à merveille de cette contrainte, et fait de cette déambulation domestique l’exploration hypnotique d’un labyrinthe mental.

Vortex raconte le quotidien de deux vieux époux, intellectuels tendance ex-anars, dans un nid d’amour où les souvenirs s’accumulent dangereusement. En dépit ou peut être à cause de l’exiguïté du lieu, il y a toujours entre eux deux une pile de bouquins, de médocs ou de bordel qui ne fait sens que pour eux. Comme pour souligner le paradoxe de ce terrier mi-cosy mi-anxiogène, où il fait doux vivre mais où l’on meurt à petit feu, Noé sépare ses protagonistes à l’aide d’un split screen implacable. L’effet pourrait être cruel, mais il se révèle paradoxalement fort émouvant.

Monsieur écrit un livre sur le cinéma tandis que madame perd peu à peu la mémoire, c’est à dire ses repères spaciaux comme mentaux. Elle commence à ne plus reconnaître les lieux où les gens autour d’elle, les pièces qui s’enchaînent sans qu’on parvienne à en comprendre la logique, s’enfonçant peu à peu dans les dédales de sa psyché. Au delà des gestes quotidiens de ces deux petits vieux, Noé filme la mort qui rôde, le temps qui détruit tout, pour reprendre la formule d’Irréversible. Vortex raconte avec réalisme une histoire banale et terrifiante, sans être pour autant un film de terreur.

Vortex ne ressemble pas à Amour d’Haneke. On n’aurait peut-être pas parié sur le fait que Noé ferait, sur un sujet similaire, un film plus chaleureux, mais c’est le cas. Au choc et à l’horreur, Vortex préfère un réalisme qui prend son temps. C’est moins une torture au ralenti qu’une façon émouvante d’accompagner ses personnages avec le plus de bienveillance (oui, bienveillance, le mot est dit) possible, quitte à ce que le film soit justement un peu trop long à force de ne vouloir lâcher la main de personne. Tel est peut être son petit défaut.

Cinéaste spécialiste des morts brutales (pour le coup), Dario Argento se révèle un acteur très convaincant, mais la star du film est indéniablement Françoise Lebrun, qui livre l’une des toutes meilleures performances de l’année dans ce rôle de souriceau tremblotant à la timidité spectrale, si effacée qu’elle en crève l’écran. C’est sans doute la meilleure performance d’acteur qu’on ait vu chez Noé, en tout cas depuis bien longtemps. C’est un signe de plus que, derrière de morbides apparences, Vortex est un film au cœur qui bat et qui tremble.

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par Gregory Coutaut

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