Cinéma du Réel | Critique : Venice Beach, CA.

Venice Beach, en Californie, à l’aube. Tous les matins, les sans domiciles fixes qui habitent le bord de mer de Venice se réveillent et doivent immédiatement ranger leurs affaires et quitter l’endroit où ils ont passé la nuit. Tous les matins, alors que le soleil se lève lentement, comme dans une pièce de théâtre sisyphienne, rien ne change. Tous les matins, petit à petit, le quartier balnéaire qui leur tient lieu de maison mais aussi le pays changent de façon étrange et effrayante…

Venice Beach, CA.
France, 2021
De Marion Naccache

Durée : 1h19

Sortie : –

Note :

SEULS SUR LA PLAGE LA NUIT

La vue nocturne sur Venice Beach est superbe, avec son enfilade de palmiers et son vaste ciel dramatique. On nous prévient très vite que c’est un lieu où tout change une fois la nuit tombée. Tout change peut-être, mais on a avant tout le sentiment d’assister à une boucle temporelle en regardant Venice Beach, CA. de Marion Naccache. Les plans fixes se succèdent, une perspective dans un sens puis dans l’autre, des gens font leur footing, d’autres marchent, certains sont installés pour la journée, disparaissent la nuit, réapparaissent le lendemain.

En un peu plus d’une heure, on a l’impression de connaître cet endroit attentivement observé, comme par une caméra surveillance posée là. Il reste pourtant une large part de mystère. On ne voit pas qui parle dans Venice Beach et les informations personnelles ne sont pas si nombreuses. Sur le bitume, on ne distingue guère, dit-on, les clochards des millionnaires. Les discussions peuvent porter aussi bien sur la politique de Trump (comme on peut s’y attendre) que sur le satanisme ou les forces de l’esprit (comme on s’y attend moins). La mosaïque composée par la réalisatrice génère avec minimalisme une forme de fascination.

C’est un lieu politique que Naccache filme, un lieu dont l’occupation est politique : Venice Beach parle de gentrification, de la « tristesse des sans-abris en Amérique ». Il parle aussi de liberté comme le confie l’un des intervenants, un artiste pour qui cet endroit est le lieu de travail. Est-ce un musée à ciel ouvert ? Ou bien le dernier lieu jusqu’au bord de la mer où sont repoussés les marginaux indésirables ? A un moment du documentaire, une radio crachote There Is a Light That Never Goes Out des Smiths et le texte est presque imperceptible : « it’s not my home, it’s their home / and I’m welcome no more ». On l’entend pourtant, comme on écoute ces paroles d’invisibles sous ce beau ciel aussi rose que crépusculaire, dans cette émouvante agora filmée avec humanité par la cinéaste.


>>> Venice Beach, CA. est visible en ligne dans le cadre de Cinéma du Réel le jeudi 18 mars 15h30 et le vendredi 19 mars 20h

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par Nicolas Bardot

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