A voir en ligne | Critique : Tangerine

Sin-Dee sort de prison et veut retrouver Chester, son petit-ami et proxénète. Alexandra gaffe en lui révélant son infidélité. Hors d’elle, Sin-Dee est bien décidée à retrouver la fille qui a osé coucher avec son amant…

Tangerine
Etats-Unis, 2015
De Sean Baker

Durée : 1h28

Sortie : 30/12/2015 (disponible en vod)

Note :

J’AI DU BAGOU PAS DE TABOU

Tangerine a été produit pour 100.000 dollars et tourné sur iPhone. Le dire, ce n’est pas saluer une performance qui mériterait de donner des bons points et une image au réalisateur, Sean Baker. C’est signaler ce que peut être un cinéma vraiment indépendant, dont les conditions de tournage ne peuvent certes pas s’appliquer à tous les films du monde, mais qui ont permis la totale liberté qui jaillit dans chaque plan du long métrage. Tangerine raconte l’histoire de deux amies, travailleuses du sexe trans, et dont l’une, à peine sortie de prison, veut se venger de la meuf qui a couché avec son mec. Pas vraiment le type de sujet qui passionne les studios ou les jeunes cinéastes « indés » candidats à la réalisation de blockbusters.

Tournage guérilla, budget riquiqui, sujet potentiellement tragique : Tangerine ne joue pourtant pas la carte du drame social misérabiliste – au grand contraire. Le premier plan, jaune chatoyant (avec certes quelques rayures) annonce la couleur. « That’s too much drama », lance l’une des héroïnes. Tangerine est avant tout une comédie – et une excellente comédie – aussi rayonnante que les fresques murales taguées sur les murs de Santa Monica. Le charisme des deux actrices, Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor, dévore l’écran et ne cessera pas de le faire jusqu’à la dernière minute. Les hilarantes répliques vachardes s’enchainent pour le plus grand bonheur des fans d’humour queer et bitchy. Ni Sin-Dee, ni Alexandra ne se savonneront la bouche après toutes les saloperies sorties dans Tangerine, tout simplement parce qu’elles n’ont pas de compte à vous rendre.

C’est aussi là que se situe la modernité du film : Tangerine se libère totalement du « film de coming out » et se situe dans l’après. A l’image du new new queer cinéma où l’homosexualité n’est plus le centre du récit, être trans n’est déjà plus le sujet de Tangerine. Et ça change tout: Sin-Dee et Alexandra ne sont pas des modèles passés au microscope mais des personnages vivants qui n’existent, aux yeux du réalisateur et de ceux qui ont produit le film, pas qu’en fonction de leur genre. Tangerine n’est pas un film sur leur sort – elles passent d’ailleurs 1h30 à le prendre en main sans jamais s’en excuser.

« Elle est de retour, et elle déconne pas ». S’il y a eu des héroïnes badass au cinéma ces dernières années, c’est bien dans Tangerine. Baker insuffle une énergie folle par sa mise en scène : lorsque Sin-Dee galope sur Sunset Boulevard, on arpente la rue avec elle et au trot. C’est l’énergie du moment alors que le réveillon de Noël se prépare, c’est aussi l’énergie de la ville multiculturelle : un tourbillon avec des Noirs, des Blancs, des Asiatiques et des discussions en arménien ; la diversité étant au cœur d’un film où se mêlent trans, travestis, homos et hétéros. La cocotte minute menace d’ailleurs d’exploser dans un dernier acte Au théâtre ce soir où l’on claque les portes, où l’on vocifère et où s’invite une Marie Myriam à paillettes qui est à deux doigts de la crise cardiaque. Ça n’est pourtant pas la carte du monde des Bisounours qu’on accroche au mur, comme le suggère le dénouement doux-amer. Celui-ci est à la fois très simple et complètement poignant. Tangerine est un gros morceau de vie inédit, aussi drôle que touchant.


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par Nicolas Bardot

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