Critique : Petite fille

Assignée garçon à la naissance, Sasha est pourtant une fille. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœurs, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence. Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha, mène une lutte sans relâche portée par un amour inconditionnel pour son enfant.

Petite fille
France, 2020
De Sébastien Lifshitz

Durée : 1h25

Sortie : à partir du 25/11/2020 sur le site d’Arte + le 02/12/2020 sur Arte

Note :

UNE GRANDE FILLE

Au tout début de Petite fille, une fillette choisit soigneusement ses habits, et Sébastien Lifshitz parvient assez vite à créer un sentiment d’intimité avec sa jeune héroïne et la famille qu’il filme. Sasha a été assignée garçon à la naissance, mais elle est une fille. Cela semble parfaitement net pour elle mais cela suscite forcément des questions pour ses parents et plus particulièrement pour sa mère, que Lifshitz filme avec tendresse. On cherche une raison, comme on chercherait une explication simple à quelque chose qui n’a pas d’explication. La mère imagine que tout cela est de sa faute – puisque dans cette société-là, c’est toujours la faute de la mère. Si Lifshitz filme au plus près la mère et la fille, il ausculte aussi largement la société dans laquelle elles vivent.

Qu’est-ce que Wild Side, une fiction dont l’héroïne (et l’actrice, Stéphanie Michelini) sont trans, pouvait dire de la société il y a une quinzaine d’années ? Qu’est-ce que le documentaire Bambi disait de son temps et des époques qu’elle a traversées ? Quid du monde autour de ces « invisibles », pour citer un autre doc du cinéaste, invisibles qui chez lui occupent tout l’espace ? Dans Petite fille, Sébastien Lifshitz donne à voir de simples jeux d’enfants. Et la dureté des rapports entre les gamins, parfois. Mais surtout l’incompréhension de celles et ceux qui devraient aider et protéger Sasha. On parle à l’école de « rentrer dans le droit chemin » et les mots peuvent être aussi violents qu’un coup. Petite fille évoque la transphobie, mais aussi une pédagogie nécessaire. Il y a ici de l’espoir, mais rien n’est pour autant idéalisé : ici ou là, la méchanceté ou la bêtise les plus pures résisteront probablement à toute forme de pédagogie.

En attendant, on va où ? Petite fille, de façon aussi fine que poignante, raconte ce qu’on fait peser sur les épaules d’une enfant de 7 ans. L’insupportable violence intériorisée que celle-ci avale, les larmes aux yeux. Mais Lifshitz saisit aussi la possibilité d’un épanouissement. Il y a des épreuves remportées dans Petite fille, mais après chaque épreuve semble se dresser une nouvelle. Le film compose un portrait aussi intelligent que bouleversant et qui devrait être vu par le plus grand nombre.


>> Petite fille sera visible en ligne sur le site d’Arte à compter du mercredi 25 novembre, et sera diffusé sur Arte le mercredi 2 décembre

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par Nicolas Bardot

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