Critique : Introduction

Youngho cherche à se frayer un chemin entre son rêve de devenir acteur et les attentes de ses parents. Alors que sa petite amie part étudier à Berlin, le jeune homme y voit l’occasion d’un nouveau départ.

Introduction
Corée du Sud, 2021
De Hong Sangsoo

Durée : 1h06

Sortie : 02/02/2022

Note :

ÉTREINTES BRISÉES

« Pourquoi ça ne va pas mieux ? » demande une patiente à son médecin. « C’est peut-être juste que vous êtes faite comme ça », lui répond-il. Lancé de manière anecdotique, sans malice, cet échange pourrait caractériser la filmographie entière du Coréen Hong Sangsoo. Et ce personnage d’acupuncteur fonctionne, d’une certaine manière, comme une métaphore convaincante de son travail de cinéaste, qui traite des délicats sentiments humains comme on ferait une périlleuse partie de Mikado.

A un moment de Introduction, on se surprend de cette neige qui se met à tomber inexplicablement. Cette blancheur est un peu absurde, et par les fenêtres du film on ne distingue plus rien à part une lumière aveuglante. Comme si cette nouvelle mini-miniature se déroulait avec à peine une esquisse de décor – une table, du soju, une cigarette, dans les nuages. Et l’on se concentre sur ce qui se dit, ce qui se tait, sur le silence ou le malaise entre les personnages, montés sur la scène désormais bien identifiée de la comédie humaine façon Hong Sangsoo.

Dans les différents segments qui composent Introduction, personne ne sait jamais ce que Youngho fait là. Son père l’ignore à moitié, son amie est surprise de le voir, son pote se demande ce qui pousse Youngho à prendre un bain de mer glacé. Mais à vrai dire, Youngho ne semble jamais lui non plus ce qu’il fait ici. Hong décrit en creux une ancienne génération assez impitoyable avec ses enfants – alors qu’il n’y a rien de plus humain que d’être inadapté au monde. Les études, jouer sur scène, trouver sa place, tout est trop dur pour les sensibles.

L’épure redoublée, la soustraction permanente (film hyper-court, larges ellipses) peuvent donner l’impression d’un survol par le cinéaste. Mais ses subtiles touches poétiques suffisent. D’abord à dessiner l’absurdité des rapports humains et des règles de vie contradictoires (il faut être impulsif, mais ne pas être incapable, il faut maîtriser l’art de s’adresser à quelqu’un, mais pas se poser de questions). Elles suffisent également à composer un portrait émouvant, sans aucune scène de mélodrame, sur un garçon décevant – qui déçoit les autres, qui est déçu de lui-même. Le tout avec une habileté de comédie (« Pourquoi la porte ne s’ouvre pas ? Parce que c’est l’Allemagne ! »), sans perdre de vue une poignante amertume.

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par Nicolas Bardot

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