Critique : Casting

Pour son premier téléfilm – un remake des Larmes amères de Petra von Kant – Vera, réalisatrice, veut le casting parfait. Mais le premier jour de tournage approche rapidement et les nombreuses séances de casting n’ont pas encore permis de trouver une actrice convenable pour jouer le rôle principal…

Casting
Allemagne, 2017
De Nicolas Wackerbarth

Durée : 1h34

Sortie : 27/02/2019

Note : 

LA COMÉDIE DU POUVOIR

Vera réalise pour la télévision un remake des Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder, et à quelques jours du début du tournage, elle galère encore pour trouver le rôle principal. Pas de flash-back ou de scène d’introduction explicative: Casting nous plonge d’emblée avec humour dans le quotidien concret du tournage, ou plutôt de ses préparatifs précipités. Pas de scène extérieure non plus: le film a lieu intégralement dans un espace allant du plateau aux loges et aux coulisses.

Casting n’est pourtant pas un huis-clos étouffant, c’est plutôt un coup de microscope donné sur une ruche qui bourdonne et s’affaire autour de Vera. La présence assurée, le charisme androgyne, la réponse prompte et les idées claires, Vera a l’air d’être la capitaine de navire idéale pour rassurer la petite équipe qui commence à paniquer autour d’elle. Son incapacité progressive à prendre la moindre décision et sa facilité à se faire inéluctablement détester malgré ses meilleures intentions vont pourtant transformer le film en cocotte-minute joyeusement remplie de gags grinçants.

Petra, l’héroïne du film original de Fassbinder, prenait plaisir à traiter son amante en esclave, pour se retrouver finalement prise au piège de son attraction pour une autre jeune fille encore plus cynique et manipulatrice qu’elle. On sent poindre le parallèle entre Petra et Vera, elle-même entourée presque uniquement de femmes, assistantes ou actrices, chacune ayant l’opportunité de prendre le pouvoir sur l’autre. Pourtant, le film évacue cette piste un peu trop facile avec une désinvolture surprenante: le pouvoir sur les autres, Vera n’en veut surtout pas, alors que c’est précisément ce qu’on lui demande.

Cette fuite en avant, qui la rend paradoxalement encore plus odieuse aux yeux de tous, donne les meilleures scènes du film. Par timidité ou conviction, Vera refuse de s’expliquer, jusqu’à ce que ça en devienne absurde, comme par exemple lorsque son équipe réalise avec stupéfaction qu’elle prépare en fait un remake hétéro du classique lesbien – gag gonflé dont le scénario se sort avec finesse.

Cette tempête dans un verre d’eau aurait pu tourner à l’hystérie, mais le cinéaste Nicolas Wackerbarth (lui-même acteur, mais aussi réalisateur du chouette Everyday Objects) n’est pas étranger à l’Ecole de Berlin et son goût pour un réalisme subtil et inquiétant. Casting est toujours sur le fil entre farce et amertume, à l’image de la performance remarquable de Judith Engel (vue chez Hocchäusler, Glasner et Atef), à la fois hilarante et pathétique en chien battu incompris. Mine de rien, le film change progressivement de ton, et même – chose rare – de protagoniste en cours de route. Voilà une comédie plus curieuse qu’il n’y paraît.

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par Gregory Coutaut

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