Critique : A Dark, Dark Man

Bekzat est un jeune policier qui connait déjà toutes les ficelles de la corruption des steppes kazakhes. Chargé d’étouffer une nouvelle affaire d’agressions mortelles sur des petits garçons, il est gêné par l’intervention d’une journaliste pugnace et déterminée. Les certitudes du cow-boy des steppes vacillent.

A Dark, Dark Man
Kazakhstan, 2019
De Adilkhan Yerzhanov

Durée : 1h50

Sortie : 14/10/2020

Note :

SOMBRE AFFAIRE

Remarqué avec de curieux films tels que The Plague at the Karatas Village, le Kazakh Adilkhan Yerzhanov a plus particulièrement été révélé sur la scène internationale avec la sélection à Cannes en 2018 de La Tendre indifférence du monde. Le vrai-faux polar A Dark, Dark Man confirme sa personnalité à part, avec cette enquête sur le meurtre d’un enfant qui, à l’image de sa surprenante bande originale, n’ira pas vraiment là où on l’attend.

Les premiers plans de A Dark, Dark Man sont étranges et beaux. Ce n’est pas vraiment un début conventionnel, et le long silence nous plonge assez vite dans un état d’hébétude. On comprend rapidement que dans ce coin perdu du Kazakhstan, des affaires comme celles-ci peuvent être expédiées. Yerzhanov décrit ce système à part, la corruption normalisée dans un village de western où l’on s’arrange avec sa propre loi. Les choses s’apprêtent à changer dans ce monde aux règles qui semblent aussi éternelles que les majestueuses chaines de montagnes omniprésentes au second plan.

Les paysages dans A Dark, Dark Man sont sublimés – pas pour la carte postale, mais (entre autres) pour leur fonction narrative. Le décor paraît en permanence trop grand pour les fourmis humaines qui s’y perdent maladroitement. Les sauvages se tapent dessus dans cet espace ample, d’une profondeur à perte de vue. Lors d’une scène lunaire de A Dark, Dark Man, des protagonistes nagent dans le vide – une parenthèse clownesque assez éloquente.

A plusieurs reprises dans A Dark, Dark Man, la caméra glisse doucement, et semble s’intéresser à autre chose qu’à l’action. C’est un mouvement surprenant qui rappelle ce qu’avait récemment accompli l’Autrichienne Jessica Hausner sur Little Joe – l’important se trame visiblement ailleurs. L’enquête reste nébuleuse, et l’on perd parfois le fil. Comment le dark-dark man de la comptine peut-il trouver la lumière dans ce royaume très obscur ? Voilà une question qui pourrait être sentencieuse et écrasante mais le film a une drôle de légèreté, de fluidité – tout semble sur le point de s’évaporer, dans la beauté à couper le souffle de la photographie. Le film, à la fois déroutant et sidérant, est souvent insaisissable – ce qui ici n’est pas un défaut.

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par Nicolas Bardot

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