Festival des Arcs | Critique : Mug

Un homme perd son visage à la suite d’un accident. Il subit une opération de reconstruction faciale et retourne chez lui. Mais plus personne ne le reconnait et il devient comme un étranger…

Mug
Pologne, 2018
De Malgorzata Szumowska

Durée : 1h31

Sortie : –

Note : 

LE VISAGE D’UN AUTRE

Body, le précédent et très surprenant long métrage de la réalisatrice polonaise Malgorzata Szumowska, parlait de la bascule invisible entre le corps et l’esprit. Le corps a souvent été au centre des questionnements de la cinéaste. Mug se déplace cette fois jusqu’au visage, avec des questionnements plus directement liés à l’identité. Un ouvrier, suite à un accident sur un chantier, a le visage tellement abîmé qu’il nécessite une lourde opération de chirurgie reconstructrice. Il revient dans sa communauté rurale, il est méconnaissable – avec les effets que cela va avoir sur ses proches.

Au-delà du sort personnel de son héros, Mug se sert de lui comme d’un révélateur. Comme si son nouveau visage était un masque impassible mettant en valeur les grimaces de sa famille, de ses voisins, de l’autorité, de l’église. Malgorzata Szumowska décrit un milieu rural renfermé sur lui-même, volontiers raciste, qui s’achète une bonne conscience en allant à l’église. L’hypocrisie religieuse respire par tous les pores dans ce film où l’on a fondamentalement peur de l’autre, qu’il s’agisse d’un gitan ou du fils de la famille dont le visage a étrangement changé.

Les symboles de Mug menacent d’écraser le film. Celui-ci pourrait à vrai dire faire preuve de plus de finesse – son ouverture comme son plan final à la symbolique épaisse n’étaient peut-être pas nécessaires, comme certaines scènes un peu forcées. Mais le film respire car… il ne se prend pas tant que cela au sérieux. Si c’est un drame terrible qu’on nous raconte, Mug emprunte au malaise de la comédie, au décalage du conte de fées. C’est l’une des bonnes surprises de ce long métrage qui respire, où le sublime et la vulgarité peuvent se rejoindre dans un même plan. Sa cruauté et son sens de l’absurde n’entravent pas l’humanité et l’empathie : alors qu’on croit son héros condamné par la vanité du monde, Mug parle avant tout d’émancipation.

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par Nicolas Bardot

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